Tyran sanguinaire, empereur féroce, despote criminel : le seul nom de Néron provoque des frémissements d'horreur. C'est ce que Racine a bien compris : pour sa première tragédie romaine - terrain traditionnel de son vieux rival Corneille - Néron tombe à point nommé pour provoquer la crainte et la pitié. Il choisit donc d'en faire son héros maléfique, le double ignominieux de son frère Britannicus, innocent bientôt immolé à la formation machiavélique du jeune empereur. Car ce qui intéresse Racine, ce ne sont pas tant les crimes de Néron que les méandres de son âme. Il veut saisir et peindre sur le vif le moment où tout bascule, où l'élève de Sénèque choisit le crime contre la vertu, la ruse et la dissimulation contre la sincérité, le pouvoir par la force, sans la justice, dans l'abjection et dans la honte.
De Racine, je n'ai lu que très peu de pièce de théâtre : j'ai beau avoir beaucoup aimé ses histoires que j'ai eu l'occasion de lire, je reste fidèle à Corneille. Du coup, c'est dans le cadre du Baby-challenge Théâtre de Livraddict que je me suis lancée dans cette lecture que j'ai bien aimée.
Dans Britannicus, j'ai beaucoup aimé la part de vérité et d'histoire que l'on retrouve dans cette histoire : ça m'a rappelé les cours de latin où l'on découvrait Néron en tyran sanglant et Aggripine en vieille bique bien accrochée à la vie. Britannicus, par contre, c'est bien la première fois que j'en entendais parler.
Ce que j'ai aimé dans cette pièce, c'est redécouvrir Néron : dans les premières scènes, il n'a rien du tyran sanglant de mes cours de collège, mais plus on avance dans les actes, plus il se laisse bouffer par la jalousie et plus il devient le "monstre" qu'on apprend à l'école... J'ai vraiment trouvé cette évolution très intéressante et très bien faite. Ça m'a vraiment scotchée.
Aggripine, quant à elle, est vraiment fidèle à l'image que je gardais d'elle dans mes souvenirs : elle est vraiment assoiffée par le pouvoir !
J'ai été assez surprise de découvrir Britannicus dans un rôle secondaire : il n'apparait vraiment que dans très peu de scènes. C'est assez troublant d'autant plus que, du coup, ça accentue son rôle de victime...
C'est vraiment avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture de Jean Racine que j'avais eu l'occasion de découvrir à travers Phèdre et Andromaque. J'ai beaucoup aimé la force de ses phrases et des émotions qu'elles transcrivent bien qu'elles soient en alexandrin. Et, plus que tout, j'ai beaucoup apprécié la façon dont, avec un mot seulement au détour d'une phrase, il arrive à nous montrer l'évolution de Néron...
Britannicus est vraiment une très belle découverte.
[les +] une histoire chargée d'Histoire, très bien menée et touchante
[les -] un côté un peu trop attendu, sans réelle surprise...
Du même auteur :
♦ Andromaque